Mariam Sankara, widow of former president Thomas Sankara, known as the father of the revolution in Burkina Faso, poses in Ouagadougou on May 20, 2015. It is the second time Mariam Sankara returns to Burkina to give testimony in an inquiry looking into the assassination of her husband in a 1987 coup that saw his former friend Blaise Compaore take power. After president Compaore stepped down last October, the new transitional government revived the probe into the death of one of Africa's most idolised leaders. AFP PHOTO / AHMED OUOBA

Il existe des figures que l’on glorifie.

Et il existe des figures que l’on combat par le silence.

Mariam Sankara appartient à cette seconde catégorie.

Non pas parce qu’elle a gouverné.

Non pas parce qu’elle a parlé fort.

Mais parce qu’elle a refusé de trahir.

Dans un continent où l’on demande souvent aux victimes de pardonner pendant que les bourreaux gouvernent, Mariam Sankara a dit non.

Dans un système où l’on exige l’oubli au nom de la stabilité, elle a exigé la vérité au nom de la dignité.

Et cela, l’Histoire ne le pardonne jamais facilement.

I. APRÈS LE 15 OCTOBRE 1987 : QUAND LA VEUVE DEVIENT UNE MENACE

L’assassinat du capitaine Thomas Sankara n’a pas été seulement un crime politique.

Il a été une opération complète d’effacement.

Effacer : – un homme,

– une vision,

– une révolution,

– et tous ceux qui pouvaient en porter la mémoire.

Mariam Sankara devient alors une anomalie dangereuse.

Pourquoi ?

Parce qu’elle sait.

Parce qu’elle se souvient.

Parce qu’elle refuse de jouer le rôle qu’on attend d’elle : celui de la veuve silencieuse, résignée, neutralisée.

Elle est contrainte à l’exil, privée de reconnaissance officielle, maintenue hors de l’espace public burkinabè pendant des décennies.

Son statut de veuve n’est pas honoré : il est nié, comme si Thomas Sankara n’avait jamais été président du Burkina Faso.

Ce n’est pas un oubli administratif. C’est une stratégie politique.

II. L’EXIL COMME ARME CONTRE LA MÉMOIRE

L’exil n’est pas seulement géographique.

Il est psychologique, symbolique, historique.

En maintenant Mariam Sankara loin de son pays, le régime post-Sankara cherchait à :

– rompre la continuité mémorielle,

– isoler la vérité,

– empêcher la transmission.

Mais l’exil produit parfois l’effet inverse.

À distance, Mariam Sankara devient une voix internationale de la mémoire sankariste. Elle parle là où le Burkina est bâillonné.

Elle rappelle au monde que Thomas Sankara n’est pas mort naturellement, ni par accident, mais assassiné.

Exemple concret :

Pendant que les manuels scolaires burkinabè minimisent ou effacent Sankara, Mariam Sankara témoigne dans les médias, les conférences, les espaces militants internationaux.

Le pouvoir voulait enterrer une mémoire nationale.

Il a créé une mémoire panafricaine.

III. LA DIGNITÉ COMME STRATÉGIE POLITIQUE

Mariam Sankara n’a jamais pris les armes.

Elle n’a jamais appelé à la violence.

Elle n’a jamais sombré dans la haine.

Et pourtant, elle a été plus dangereuse que beaucoup d’opposants armés.

Pourquoi ?

Parce qu’elle a incarné une cohérence morale absolue.

– Pas de négociation contre le silence.

– Pas de réhabilitation sans vérité.

– Pas de réconciliation sans justice.

Elle a refusé les compensations symboliques.

Elle a exigé des faits, des enquêtes, des responsabilités.

C’est précisément ce que les systèmes postcoloniaux redoutent le plus :

une femme qui ne peut ni être achetée, ni intimidée, ni discréditée.

IV. LE COMBAT JUDICIAIRE : QUAND LA VÉRITÉ RÉSISTE AU TEMPS

Pendant longtemps, on a répété que « le dossier Sankara était clos ».

Mais Mariam Sankara a démontré une vérité fondamentale :

Un crime impuni ne disparaît pas. Il attend.

Grâce à la pression persistante, nationale et internationale :

– une enquête judiciaire est relancée au Burkina Faso,

– l’assassinat est officiellement reconnu,

– un procès historique s’ouvre des décennies plus tard.

Ce combat judiciaire n’est pas seulement celui d’une veuve.

C’est celui de tout un peuple à qui on avait confisqué le droit de savoir.

Sans Mariam Sankara, il n’y aurait pas eu de procès Sankara.

Sans sa persévérance, le mensonge serait devenu vérité officielle.

V. MARIAM SANKARA ET LES FEMMES AFRICAINES DE LA MÉMOIRE

Mariam Sankara représente bien plus que son histoire personnelle.

Elle incarne : – les veuves de leaders assassinés,

– les femmes exclues des récits politiques,

– les gardiennes invisibles de la conscience africaine.

Dans les luttes africaines, les hommes meurent souvent en première ligne.

Mais les femmes portent la mémoire sur la durée.

Elles survivent à la terreur.

Elles affrontent l’oubli organisé.

Elles transmettent quand les archives mentent.

Mariam Sankara s’inscrit dans cette lignée silencieuse mais décisive.

VI. POURQUOI SON COMBAT NOUS CONCERNE TOUS AUJOURD’HUI

Honorer Mariam Sankara ne relève pas du passé.

Cela engage notre présent.

Car tant que : – les crimes politiques africains restent impunis,

– les héros sont célébrés sans être compris,

– les révolutions sont réduites à des slogans,

l’Afrique restera vulnérable aux mêmes mécanismes de trahison.

Mariam Sankara nous rappelle une vérité inconfortable :

la révolution ne meurt pas avec son leader. elle meurt quand les vivants acceptent le mensonge.

CONCLUSION : UNE FEMME QUI A TENUE TÊTE À L’HISTOIRE

Mariam Sankara n’a jamais dirigé un État.

Mais elle a tenu tête à un système.

Elle n’a jamais prononcé de discours enflammé.

Mais elle a porté une parole juste.

Elle n’a jamais revendiqué le pouvoir.

Mais elle a refusé de céder la vérité.

En cela, elle est pleinement sankariste.

En cela, elle est une figure majeure de l’histoire africaine contemporaine.

Honneur à Mariam Sankara.

Honneur à celles qui résistent sans armes.

Honneur à l’Afrique qui choisit enfin la vérité plutôt que le confort du silence.

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