Le Réseau haïtien des journalistes anti-corruption (RHAJAC) tire la sonnette d’alarme face à ce qu’il qualifie de « système criminel » exploitant depuis plusieurs années le blocage de l’axe routier reliant le Grand Sud au reste du pays. Dans une note de dénonciation, l’organisation affirme que cette situation profite à certains réseaux économiques au détriment d’une population déjà fragilisée. Selon le RHAJAC, des révélations faites récemment par le coordonnateur du Mouvement unifié des transporteurs haïtiens (MUTH), Diclos Bénissoit, mettent en lumière l’existence d’un circuit parallèle impliquant des acteurs du transport maritime, des groupes armés ainsi que des agents de la force publique.

Ces derniers seraient engagés dans un système visant à empêcher la circulation terrestre entre Mariani et Gressier. D’après ces informations, des propriétaires de véhicules seraient contraints de débourser entre 1 500 et 3 000 dollars américains pour acheminer leurs voitures par voie maritime. Certains transporteurs de marchandises, quant à eux, paieraient jusqu’à 500 000 gourdes pour traverser des zones contrôlées par des groupes armés. Le réseau dénoncé s’appuierait sur une flotte d’une trentaine de bateaux assurant ce trajet alternatif, générant des revenus estimés à près de 54 millions de dollars américains par mois. Pendant ce temps, souligne le RHAJAC, les habitants du Grand Sud subissent une hausse vertigineuse des prix et une raréfaction des produits de première nécessité.

L’organisation rappelle également que le Directeur général de la Police Nationale d’Haïti, André Jonas Vladimir Paraison, avait lui-même reconnu que le blocage des routes nationales représente d’importants intérêts économiques qui ne profitent pas uniquement aux groupes armés. Par ailleurs, le RHAJAC évoque les dénonciations répétées du média Satellite509 concernant de présumés liens entre certains acteurs économiques, dont Steeve Khawly et Joël Khawly, et le système d’insécurité affectant l’accès au Grand Sud. Malgré des sanctions internationales et diverses controverses, notamment autour du dossier du riz contaminé « Riz Chef », ces réseaux continueraient d’opérer sans entrave. Face à ces éléments, le RHAJAC exige l’ouverture immédiate d’une enquête indépendante afin de faire la lumière sur les revenus générés par ce système ainsi que sur les allégations de complicité impliquant certains policiers et acteurs économiques.

Pour l’organisation, l’absence d’intervention concrète des autorités au fil des années ne fait qu’alimenter les soupçons d’une tolérance, voire d’une protection politique accordée aux réseaux dénoncés, dans un contexte où la population continue de payer le prix fort de cette crise.

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