
À l’attention de :
- M. Fritz Jean, Conseiller présidentiel
- M. Emmanuel Vertilaire, Conseiller présidentiel
- M. Alix Didier Fils Aimé, Premier Ministre de la République
Objet : Dénonciation du projet de privatisation et de détournement du site sacré de Bois Caïman
Messieurs,
En cette 234e année depuis la cérémonie fondatrice de Bois Caïman, point de départ de notre lutte pour la liberté et de la naissance d’Haïti, nous, héritiers de cette mémoire vivante, nous voyons contraints de vous adresser cette lettre avec gravité et indignation.
Un projet porté par Gary Denis, directeur général du ministère de la Culture, menace aujourd’hui l’intégrité historique, spirituelle et populaire de Bois Caïman. Ce projet, divisé en deux étapes, vise à :
- Insérer Bois Caïman dans la Route de l’Esclave à travers des festivités lucratives, dont les retombées financières risquent d’être détournées au profit de réseaux opaques ;
- Installer un comité de contrôle, en dehors des structures communautaires existantes, pour remettre l’espace à Carole Demesmin, dans une logique de privatisation et d’exploitation personnelle.
Ce projet ne repose ni sur la concertation, ni sur le respect des gardiens de ce lieu sacré. Il est l’expression d’une volonté malsaine de confisquer un patrimoine collectif au profit d’intérêts privés. Bois Caïman n’est pas à vendre. Bois Caïman n’est pas un commerce. Bois Caïman est le cœur battant de notre dignité.
La population locale, qui veille sur ce site depuis des décennies, est en état de mobilisation. Elle refuse catégoriquement de céder l’espace à des mercenaires culturels. La tension est palpable. La colère est légitime. Et si rien n’est fait, le sang pourrait couler.
Nous vous appelons, en tant que fils du Grand Nord, en tant que dignes représentants de la République, à intervenir immédiatement pour :
- Suspendre ce projet porté par Gary Denis et ses alliés ;
- Intégrer les habitants de Bois Caïman dans toute structure de gestion du site ;
- Garantir que ce lieu reste un espace de mémoire nationale, libre et accessible à tous les Haïtiens.
Messieurs, l’histoire vous regarde. Le peuple vous observe. Et la mémoire de nos ancêtres exige que vous agissiez avec courage et justice.
Liberté ou la mort.
Bois Caïman est à nous. Il appartient à Haïti. Il ne sera jamais livré à l’avidité.
Respectueusement,
Les gardiens de la mémoire de Bois Caïman
Les habitants du Nord mobilisés pour la dignité nationale